Les Caves d'Etherodie

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Les Caves d'Etherodie

Message par Vent d'Est le Ven 18 Juin - 3:00

On dit de moi bien des choses.

Certains parlent de moi, d'une façon méchante. Ils racontent que je suis effrayante, glaciale, que je pèse sur leur coeurs. Que mon silence, tantôt brisé par un soupir, rend les gens mal-à-l'aise.
Les amants ne viennent jamais me visiter. A ce qu'il paraît, je suis trop sèche et beaucoup trop grande. Je suis comme un personnage de film en noir et blanc. Monochrome...
A vrai dire, personne ne vient jamais ici. Les enfants blêmissent dès qu'on parle de moi, car ils ont trop souvent entendu ces rumeurs de disparitions en mon sein qui sont contées à tout va par de jeunes adultes en manque d'obéissance. "Si tu fais des bêtises je t'emmènerai à Etherodie!!" menancent-ils.
"A Etherodie, les enfants qui ne sont pas sages disparaissent à tout jamais."
Pourtant je n'avale personne, moi! Je n'ai jamais tué quiconque...

Les vieux, eux, ne veulent entendre parler de moi en raison de ces légendes noires que les malins s'amusent à chuchoter depuis des siècles, oui, des siècles de Mort.

Les morts les plus frais, rarement, s'égarent dans mes recoins. Ils se perdent, rêveurs ébahis, encore suffisamment naïfs pour être surpris par la vastitude aux airs d'infini de mes contrées. Ils s'échouent, tendres marins émerveillés, dans la contemplation de mes kilomètres de pierres brillantes sous la douce lumière que les collines d'Aez' Ehryn prodiguent à tous nos territoires.
Puis ils s'en vont aussitôt, meurtris, effrayés, horrifiés, dégoûtés même parfois. Ils ont sur leurs visages l'épouvante, l'effroi de devoir un jour, jour noir, maudit, atroce, infâme! pour eux, pauvres damnés encore inconscient de la futilité de leur existence, oui, la terreur de devoir ce jour là revenir sur ma dépouille déserte, abandonnée et brisée.

Car je suis immense, en effet. Des centaines de kilomètres de pierre, de caves, de trous, de pics, tout cela dans la même pierre aux allures de granit à tombeau.

Et pourtant... Il revint, Lui. Cet enfant au visage lumineux. Je ne sais jamais à quelle espèce ces créatures appartiennent, peut-être n'est-ce pas important car ils reflètent d'habitude toujours la même expression de naufrage involontaire et terrifiant...Cette fois-ci c'était différent. C'était la première fois de toute mon existence, aussi longue fut-elle, que j'en voyais un. Un sourire. Eblouissant!! Si éclatant même, que mes soupirs -ceux que les morts ont pris l'habitude d'appeler "Vents" ou "Hÿelë" comme s'ils étaient une entité à part entière...j'ai même entendu dire que certains peuples leurs vouaient un culte...- si éclatant donc que mes soupirs se mirent à aller à l'envers ! J'étais soufflée, oui, moi, Etherodie, j'étais soufflée !!

La toute première fois, il était arrivé seul, les sourcils froncés, courant comme si sa vie en dépendait...Ironique, n'est-ce pas, lorsque l'on réalise qu'il l'avait déjà perdue depuis un bon moment, sûrement un long moment oui, puisque je suis bien loin de là où les morts arrivent en tout premier, à l'opposée de la Grande Orée.
Bref, il se hâtait, et ses pas, rapides et puissants résonnaient en moi depuis le Sud jusqu'à mon Nord, créant des frissons insoupçonnés, si étonnants que j'en étais moi-même effrayée. Effrayée par un enfant !

Lorsqu'il s'arrêta enfin, épuisé d'avoir tant couru, il semblait, par-delà l'essoufflement... heureux ! Oui! Heureux, ravi d'être là ! Il paraissait enchanté d'être entouré par mes ignobles pics ! Radieux d'être perdu, esseulé, abandonné dans ces anfractuosités ! Il rayonnait !
Ne pouvant y croire, plus que surprise : stupéfaite ! je tentais de l'effrayer puisque je n'avais toujours fait que ça, je gargouillais impudemment, je grinçais dédaigneusement jusqu'à ce qu'une nouvelle fois, je fusse réduite au silence par un rire cristallin et joueur.

"ETHERODIE!! ETHERODIE"se mit-il à crier.

Alors pour répliquer, afin de sauver mon ego, je soufflais. Il me répondit par un nouvel éclat. Exaspérée, et pourtant, quelque peu joyeuse, je soupirais...juste assez pour créer un bel accord majeur avec trois de mes grottes.

Il revint quelques fois. Et chacune de ces fois... Ce fut une agréable histoire, pleine de joie, pleine de rires et de complicité. Il s'asseyait, calme, pensif, le regard tourné vers ces rares, et pourtant existantes tâches de couleurs dans cette marée de gris. Ces légers reflets de pigments vifs cachés dans mes sommets. Bien que je n'en eu jamais la preuve, j'aime à penser qu'il me comprenait.
La dernière fois qu'il vint me voir, ce ne fut que pour me dire ces mots là: "Je me nomme Gringrin Lims ! Gringrin Lims, compris Etherodie? " Et il partit.

Pourquoi ces mots? Qui sait?

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Vent d'Est
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